
Proust au Marais et au Ritz, Wilde rue des Beaux-Arts, Hemingway rue Jacob, Breton place du Panthéon, Joyce au Lutetia : les hôtels de Paris où dormir avec un écrivain, et ce qu'il en reste.
Paris a ses hôtels de palace, ses hôtels de mode, ses hôtels de nuit. Il a aussi ses hôtels d'écrivains : ceux où un auteur a vécu, écrit ou est mort, et ceux qui ont été construits autour de son œuvre. Les premiers ont une histoire, les seconds un décor. Les meilleurs ont les deux.
Voici les adresses où l'on peut dormir aujourd'hui avec Proust, Wilde, Hemingway, Breton, Rimbaud ou Joyce, ce qu'on y voit encore, et ce qui relève de la légende.
C'est l'adresse de notre sélection où l'écrivain est le plus présent, sans qu'il y ait jamais mis les pieds. La Maison Proust, au 26 rue de Picardie, recompose les salons de la Belle Époque qu'il fréquentait, ceux de la comtesse Greffulhe, de Robert de Montesquiou ou de Madeleine Lemaire, dont une aquarelle trône au centre du bar. Les vingt-trois chambres portent les noms de son cercle, le sixième étage est consacré à ses appartements, et la bibliothèque en rotonde réunit plus de 1 200 éditions anciennes reliées de cuir selon Condé Nast Traveler, sous une coupole où rayonne un soleil d'or.
Nous y avons séjourné et lui donnons 9,5 sur 10. Comptez 900 euros la nuit pour deux en semaine, relevés sur le moteur de l'hôtel le 2 octobre 2026. Le décor est signé Jacques Garcia, comme celui de L'Hôtel, plus bas dans cette liste.
Au 15 rue de Constantinople, dans le 8e, Le Swann appartient à la Société des Hôtels Littéraires, fondée par le bibliophile Jacques Letertre. C'est un quatre étoiles de quatre-vingts chambres, chacune inspirée d'un personnage de la Recherche, avec un livre de Proust sur la table de chevet et des madeleines au petit-déjeuner. Une bibliothèque de 500 ouvrages et des vitrines d'éditions rares, de manuscrits et de pièces de haute couture complètent l'hommage. C'est l'option la plus accessible pour dormir « chez Proust », dans le 8e, l'arrondissement où il a vécu de son enfance à 1919. Nous n'y avons pas séjourné.
Proust fut un fidèle du Ritz dès son ouverture en 1898. Le soir, il quittait le boulevard Haussmann pour y dîner, et la Ville de Paris parle de son « quartier général ». Le Salon Proust, avec ses livres anciens et sa cheminée, sert depuis le 1er septembre 2026 un tea time à 125 euros par personne, et une suite Marcel Proust de 67 m2, avec escalier privé et bibliothèque en trompe-l'œil, se réserve à part.
Hemingway y a ses habitudes à partir des années 1920. La légende veut qu'il ait « libéré » le bar le 25 août 1944 ; France 3 rappelait en 2014 que l'épisode tient davantage du récit qu'il en a fait que de l'histoire. Le Bar Hemingway, 25 places, garde ses lettres et ses objets, sans réservation, de 17 heures à minuit. Le Ritz est classé cinq étoiles et a reçu trois Clés MICHELIN en 2026, mais il n'est pas palace. Yonder l'annonçait en août 2026 à partir de 2 223 euros la nuit.
C'était l'Hôtel d'Alsace, un établissement modeste où Wilde, ruiné, vivait sous le nom de Sebastian Melmoth. Il y est mort le 30 novembre 1900 ; une plaque le rappelle sur la façade. Les sources divergent sur la durée de son séjour, de quelques mois à deux ans. Rebaptisé L'Hôtel en 1963, redécoré par Jacques Garcia, l'établissement compte vingt chambres et il est classé cinq étoiles depuis 2024. La suite Oscar Wilde, 35 m2 avec terrasse, expose des photographies de l'écrivain, des caricatures et sa dernière note d'hôtel. Jorge Luis Borges y a aussi séjourné, et une plaque en garde le souvenir. Nous n'y avons pas séjourné.
En décembre 1921, Ernest Hemingway et sa femme arrivent à Paris et s'installent au 44 rue Jacob, chambre 14, sur la recommandation de Sherwood Anderson. L'immeuble avait été l'ambassade britannique : le traité de Paris de 1783, qui reconnaît l'indépendance des États-Unis, y fut préparé, et signé un peu plus loin, au 56 de la même rue. L'hôtel, vingt-six chambres, est classé quatre étoiles depuis 2025, et la chambre 14 se réserve toujours. Nous n'y avons pas séjourné.
Au printemps 1919, André Breton loge à l'Hôtel des Grands Hommes, face au Panthéon. Avec Philippe Soupault, il y écrit Les Champs magnétiques, premier texte d'écriture automatique, et c'est sur cet hôtel que s'ouvre Nadja, en 1928. Le Soir rappelait en 2022 que, de l'hôtel de 1919, il ne reste guère que la façade et l'emplacement. C'est un trois étoiles de trente chambres, au décor d'inspiration Empire, sans chambre Breton. Nous n'y avons pas séjourné.
Autre adresse de la Société des Hôtels Littéraires, au 6 rue Gustave-Goublier, dans le 10e, à deux pas de la gare de l'Est où Verlaine attendit le jeune poète en septembre 1871. Les chambres portent les titres de ses poèmes, du « Dormeur du val » à « Ma Bohême », chacune avec une aquarelle originale de Jean Aubertin, et le hall expose un portrait de Rimbaud par Ernest Pignon-Ernest. Quatre étoiles, une quarantaine de chambres. Nous n'y avons pas séjourné.
Le communiqué publié par Mandarin Oriental lors de la reprise du Lutetia, en avril 2025, affirme que James Joyce y aurait achevé Ulysse. C'est faux : Joyce a terminé le roman en 1921 dans l'appartement de Valery Larbaud, rue du Cardinal-Lemoine. Il a en revanche vécu au Lutetia à la fin de 1939, et ce fut sa dernière adresse parisienne. Saint-Exupéry y demeura en 1936, et André Gide y avait ses habitudes. Le seul palace de la rive gauche est à partir de 1 045 euros la nuit selon notre fiche.
Avenue Kléber, The Peninsula occupe l'ancien Hôtel Majestic. Le 18 mai 1922, après la première du Renard de Stravinsky, Sydney et Violet Schiff y donnent un souper où Proust, arrivé après deux heures du matin, rencontre Joyce pour la seule fois de sa vie, en présence de Picasso, Stravinsky et Diaghilev. Nous racontons cette nuit dans le palace qui a signé la paix. Environ 1 500 euros la nuit.
Pour prolonger, notre itinéraire sur les traces de Marcel Proust à Paris relie ces adresses à ses domiciles et à sa tombe, et notre sélection d'hôtels insolites à Paris rassemble les adresses où l'histoire du bâtiment fait le séjour.
Oui, deux. La Maison Proust, dans le haut Marais, cinq étoiles, recompose les salons de la Belle Époque que fréquentait l'écrivain, avec vingt-trois chambres aux noms de son cercle. Le Swann, hôtel littéraire quatre étoiles de la rue de Constantinople, consacre chacune de ses quatre-vingts chambres à un personnage de la Recherche. Le Ritz a aussi une suite Marcel Proust et un Salon Proust.
À L'Hôtel, 13 rue des Beaux-Arts, dans le 6e, qui s'appelait alors l'Hôtel d'Alsace. Il y est mort le 30 novembre 1900. L'hôtel, classé cinq étoiles depuis 2024, propose une suite Oscar Wilde.
À son arrivée, en décembre 1921, il a logé avec sa femme à l'Hôtel d'Angleterre, 44 rue Jacob, chambre 14. Plus tard, le Ritz est devenu son quartier général, et le bar qui porte son nom y garde ses lettres et ses objets.
Non. Joyce a achevé Ulysse en 1921 dans l'appartement de Valery Larbaud, rue du Cardinal-Lemoine. Il a bien vécu au Lutetia, mais à la fin de 1939 : ce fut sa dernière adresse parisienne.
Les classements viennent du registre d'Atout France (mise à jour du 1er octobre 2026), la distinction Palace de la liste du 2 juin 2026, les Clés du palmarès MICHELIN 2026. Les faits littéraires sont tirés des sites des hôtels, de la Ville de Paris et de la presse, recoupés quand ils divergent. Les prix des hôtels de notre sélection viennent de nos fiches ; pour les autres, les moteurs de réservation n'affichent rien sans dates, et nous n'avons retenu qu'un prix de presse daté. L'équipe a séjourné à la Maison Proust, et dans aucun des autres hôtels cités.
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