
Le texte en vigueur date du 13 février 2026 et expire le 15 février 2027. La nage en palmes, masque et tuba n'est plus interdite. Et un jour sur trois, la zone surveillée est fermée.
C'est la première chose à savoir, et c'est celle que presque personne n'écrit. La baignade à La Réunion n'est pas encadrée par « l'arrêté de 2013 », ni par celui de 2017, ni par celui de 2019. Le texte est réécrit et resigné chaque année, en février, avec un numéro et une date propres, et son contenu évolue.
Celui qui s'applique au moment où nous écrivons est l'arrêté préfectoral n° 180 du 13 février 2026, signé par le préfet Patrice Latron, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, spécial n° 35. Son article 3 précise que les mesures sont applicables du 16 février 2026 au 15 février 2027. Aucun arrêté modificatif n'est paru depuis.
Pourquoi tant de pages se trompent : la page officielle de la préfecture intitulée « Rappel de la réglementation applicable pour la baignade et les activités nautiques » est datée du 15 mars 2023 et cite toujours l'arrêté du 8 février 2017, avec une règle abrogée depuis. Quand la source officielle elle-même est périmée, tout ce qui la recopie l'est aussi. C'est exactement ce qui s'est produit sur l'internet francophone.
L'article 1er de l'arrêté n° 180 interdit, dans la bande des 300 mètres à partir du littoral, sur tout le pourtour de l'île, deux choses seulement :
C'est tout. Le kayak, la voile, la plongée en bouteille et le kitesurf ne sont pas visés par ce texte, ce qui ne signifie pas qu'ils échappent aux arrêtés municipaux ni au bon sens. Et la liste ne comporte plus, depuis février 2025, la mention qui figurait dans les versions précédentes.
Jusqu'à l'arrêté n° 297 du 12 février 2025, l'article 1er visait « la baignade (y compris lorsqu'elle s'effectue à l'aide d'un équipement de type palmes, masque et tuba) ». La mention entre parenthèses a été supprimée, avec effet au 16 février 2025, et cette suppression est reprise à l'identique dans l'arrêté de 2026.
Conséquence, contre-intuitive mais exacte : on peut nager en palmes, masque et tuba là où la baignade reste interdite. L'équipement fait la différence légale. La mesure s'applique sur tout le littoral, pas seulement dans l'Ouest.
La justification donnée par les services de l'État est documentée : l'interdiction avait été posée par précaution après deux attaques mortelles survenues en 2013, elle visait surtout les chasseurs sous-marins et les plongeurs évoluant hors zones sécurisées, et aucune attaque sur un nageur en palmes, masque et tuba n'a été recensée depuis. Le sous-préfet de Saint-Paul a assorti l'ouverture de deux recommandations qui ne figurent pas dans l'arrêté et qu'il vaut mieux suivre : ne pas nager seul, et s'assurer d'une visibilité suffisante dans la colonne d'eau.
Une note sur les dates, parce qu'elle circule mal : cette évolution est souvent datée de mars 2025. Elle est en application depuis le 16 février 2025. Elle n'a été médiatisée qu'à la fin mars, à l'occasion d'un symposium international tenu sur l'île.
L'article 2 prévoit que les activités interdites peuvent être pratiquées, « dans certaines conditions particulières définies par arrêté municipal », dans trois types de zones :
Retenez la mécanique : la dérogation est portée par la commune, pas par l'État, et pour les ZONEX elle n'est effective que si le dispositif est réellement déployé le jour même. Une plage « autorisée » sur le papier ne l'est pas si personne n'est en poste.
Les lagons cités nommément par la préfecture comme zones où la baignade et les activités nautiques sont autorisées sont ceux de Saint-Leu, de l'Hermitage, de la Saline-les-Bains, de Saint-Pierre et de Saint-Gilles.
Une réserve honnête sur cette liste : l'arrêté préfectoral lui-même ne nomme aucun lagon, il parle génériquement de « lagons et platiers ». La liste nominative provient d'un communiqué de la préfecture et non du texte réglementaire. Elle est fiable, elle n'a simplement pas la même valeur juridique.
C'est cette géographie qui explique la structure de l'hébergement sur la côte ouest, et pourquoi l'Hermitage-les-Bains reste le choix par défaut de qui vient pour se baigner. Nous l'avions détaillé dans notre comparatif des micro-régions.
Quatre zones de baignade sont protégées par un filet d'exclusion : Boucan Canot, les Roches Noires, l'Étang-Salé, et depuis le 29 décembre 2024 la plage du débarcadère, en baie de Saint-Paul. Cette quatrième zone est souvent absente des guides : environ 200 mètres linéaires de filets, une profondeur maximale de 2,50 mètres, une surveillance assurée par les maîtres-nageurs sauveteurs, sur un calendrier saisonnier qu'il faut vérifier auprès de la mairie.
Aucun des trois filets historiques n'a été supprimé, contrairement à ce qu'on lit parfois. Mais la vraie question n'est pas là. Le Centre Sécurité Requin l'écrit lui-même, et il faut le citer mot pour mot : « la présence du filet ne signifie pas automatiquement que la sécurisation est opérationnelle ». Chaque matin, après inspection, la décision est prise d'ouvrir ou non le périmètre. Les filets sont amovibles et sont systématiquement retirés à l'annonce d'un épisode de houle, parfois pour plusieurs semaines.
La ville de Saint-Paul le rappelait en mai 2026 en deux phrases qui valent consigne générale : « lorsque les filets ne sont pas installés, la baignade est interdite », et « hors horaires de surveillance, la baignade est interdite sur les plages hors lagon ».
Voici le chiffre qui manque partout et qui change une journée de vacances. Du 1er janvier au 31 mai 2026, le taux d'ouverture des zones surveillées a été de 73 % à Saint-Leu et 68 % à l'Étang-Salé. Autrement dit, environ un jour sur trois, le spot est fermé.
Ce n'est pas une négligence, c'est une contrainte de moyens. L'association qui porte la surveillance a assuré plus de 116 jours d'ouverture en 2025, pour une moyenne de 186 usagers quotidiens, avec un budget de 966 000 euros contre une enveloppe théorique de 1,7 million, soit près de 27 % de moins.
Le dispositif a aussi changé de main. Les Vigies Requins Renforcées, créées en 2015, ont cessé leur activité le 30 avril 2025. Elles sont remplacées depuis mai 2025 par la Brigade de Sécurité des Activités Nautiques, portée par l'association RESSAC, officiellement lancée à l'Étang-Salé le 27 août 2025. Le Centre de Ressources et d'Appui, dont le nom traîne encore dans beaucoup d'articles, a lui aussi disparu au profit du groupement d'intérêt public Centre Sécurité Requin, présidé par le préfet.
Un point à ne pas confondre : la zone de Trois-Bassins est annoncée comme ouvrant « prochainement » depuis novembre 2025, mais l'opérateur indiquait fin juin 2026 ne pas avoir pu y relancer d'activité pérenne. Ne la considérez pas comme accessible.
La dernière attaque de requin recensée à La Réunion remonte au 9 mai 2019. Nous l'avons vérifiée par trois canaux distincts : la préfecture, la Direction de la mer sud océan Indien dont la page a été mise à jour le 3 février 2026, et les considérants de l'arrêté n° 180 lui-même, dont la dernière date d'attaque citée est bien celle-là. Cela fait plus de sept ans.
Sur le nombre total d'attaques de la période, nous ne donnerons pas de chiffre unique. Quatre décomptes circulent, de 24 à 30, selon la définition retenue et la date de publication. Le seul chiffre solide et constant dans toutes les sources, y compris officielles, est celui des 11 attaques mortelles entre 2011 et 2019. Le Centre Sécurité Requin, organisme compétent, recense pour sa part 48 morsures sur humains entre 1980 et 2021, dont 25 attaques à partir de 2011.
Sept ans sans attaque ne signifient pas absence de requins. Entre le 1er janvier et le 8 avril 2026, 23 observations de squales ont été enregistrées autour de l'île. Un requin a fait évacuer le spot de Trois-Bassins le 2 février, un juvénile s'est installé plusieurs jours dans le bassin de Manapany en février, deux requins bouledogues ont été pris dans les filets de Boucan Canot le 22 février, un bouledogue de 3,20 mètres a été vu à 150 mètres du rivage sur la Gauche de Saint-Leu le 8 avril, un autre à Boucan Canot le 4 juillet. À chaque fois, le dispositif a été fermé.
La pêche de prévention reste active : 126 requins ont été capturés dans les eaux réunionnaises en 2025, et 30 requins tigres et bouledogues entre le 4 novembre 2025 et le 6 janvier 2026 sur la seule façade ouest.
C'est une information de quelques jours, absente de tous les guides. Le décret n° 2026-723 du 1er août 2026, publié au Journal officiel du 2 août, crée l'article R. 643-3 du code pénal. Se baigner ou pratiquer une activité nautique dans une zone interdite, ou en méconnaissance du drapeau rouge, devient une contravention de 3e classe.
Le montant : 68 euros d'amende forfaitaire, 45 euros si elle est réglée rapidement, 180 euros majorée, jusqu'à 450 euros devant le tribunal de police. Auparavant, il s'agissait d'une contravention de 1re classe plafonnée à 38 euros. Le texte ouvre en outre le recours au procès-verbal électronique, ce qui rend la verbalisation nettement plus facile. Il s'applique sur l'ensemble du territoire français, La Réunion comprise.
Le préfet signalait par ailleurs, dans ses communiqués de fin 2025 et de janvier 2026, des pratiques de surf hors zones surveillées à Boucan-Canot, à la Jetée de Saint-Pierre et au Cimetière de Saint-Leu, ainsi que des mises à l'eau de mineurs au lever et au coucher du soleil dans des eaux troubles. Les brigades nautiques de gendarmerie multiplient les contrôles. Voir d'autres personnes à l'eau ne vaut pas autorisation.
Aucun texte ne peut vous dire ce qui se passe sur une plage donnée à une heure donnée. Voici ce qui le peut.
Deux avertissements pour finir. Le premier : une révision de fond de l'arrêté a été engagée, le conseil d'administration du Centre Sécurité Requin ayant ouvert la voie en mai 2026 à une consultation des acteurs publics et privés. Rien n'est acté à ce jour, et le prochain arrêté est attendu vers le 15 février 2027. Cet article sera relu à cette date.
Le second : le 5 avril 2026, un garçon de dix ans a été blessé à la jambe alors qu'il surfait dans la baie de Tamarin. C'était à l'île Maurice, pas à La Réunion. L'information a été largement relayée par les médias réunionnais et elle est facile à confondre. Elle ne rompt pas la série des sept ans.
Nous n'avons pas nagé sur ces plages pour écrire cet article. Il est construit à partir du texte de l'arrêté, lu page par page, et des publications des services de l'État. Si vous cherchez où poser vos valises sur la côte ouest, notre sélection La Réunion et notre guide des micro-régions partent du même principe : ce qui est vérifiable, et rien d'autre.
Nous cherchons des lieux rares.
La destination vient après.