
d'une ancienne maison close de 1905, à deux cents mètres du Moulin Rouge, avec vingt chambres tendues de soie et un bassin que chaque client privatise une heure par jour






Au 10 rue de Bruxelles, dans le 9e arrondissement, rien ne signale l'hôtel, sinon deux lanternes rouges de part et d'autre de la porte. Elles disent ce que fut la maison : une maison de plaisirs ouverte en 1905 par une certaine Madame Souquet, inscrite au registre des maisons de plaisirs, et refermée dès 1907. Le Moulin Rouge est à deux cents mètres, et Émile Zola a vécu dans la même rue, au 21 bis, où il est mort en 1902.
Aucune photographie d'époque n'a survécu. Plutôt que d'inventer, Sylviane Sanz et Yoni Aïdan, fondateurs de la Collection Maisons Particulières, qui ont racheté l'immeuble en 2013, se sont appuyés sur les plans et les codes de ces établissements tels que les historiens les ont documentés. Le rez-de-chaussée en reprend donc l'enfilade : un salon réservé aux hommes, un salon de présentation, un salon « d'après » pour le dernier verre. Jacques Garcia, décorateur de l'Hôtel Costes, de La Réserve et de La Mamounia, a signé l'ensemble. L'hôtel a ouvert en mars 2015 et il est classé cinq étoiles.
Nous y avons séjourné, et c'est à ce jour la seule adresse du guide notée dix sur dix sur nos quatre critères. Le décor y est pour beaucoup, mais ce n'est pas lui qui fait la note. C'est la cohérence. Lustres, tableaux de nus, fauteuils Napoléon III : tout ce qui meuble la maison date du XIXe siècle, et la bibliothèque ne réunit que des éditions antérieures à 1905, pour ressembler à ce qu'elle aurait pu être le jour de l'inauguration. De la porte d'entrée au bassin du sous-sol, rien ne rappelle un hôtel de chaîne.
C'est aussi une question de taille. Avec vingt chambres seulement, la maison peut offrir ce qu'un grand hôtel ne peut pas : des salons ouverts aux résidents à toute heure, et une heure de piscine privatisée chaque jour pour chaque client, sans supplément. Tripadvisor l'avait classée premier hôtel romantique du monde dans ses Travellers' Choice 2018, et les avis n'ont pas décroché depuis : au 29 septembre 2026, elle affiche 4,9 sur 5 sur plus de 1 250 avis Tripadvisor, et 9,3 sur 10 sur Booking pour environ 470 séjours notés.
Chaque chambre porte le nom d'une figure de la Belle Époque, La Belle Otero, La Païva, Liane de Pougy, Cléo de Mérode, et chacune a son style : Empire, Napoléon III, indien, chinois, japonais ou Art déco. Jacques Garcia y a déployé deux mille mètres d'étoffes, choisies parmi cent vingt références de tissus. Il a dessiné pour chaque chambre une tête de lit différente, et des lampes en forme de cœur dont le pied change d'une pièce à l'autre.
Les quatorze chambres De Luxe mesurent de 16 à 18 mètres carrés, les six suites juniors de 26 à 28, et une configuration en suite à deux chambres dépasse 50 mètres carrés pour quatre personnes. Quelques chambres valent d'être demandées. La 203, dite de Rita, est tendue d'un tissage de milliers de plumes de paon. Deux portes plus loin, Rose, la plus petite de la maison, est la préférée du fondateur. Aux troisième et quatrième étages, les volumes s'agrandissent : la suite junior Liane de Pougy abrite une œuvre originale d'Armand-Albert Rateau, dans un décor librement inspiré de l'appartement de Jeanne Lanvin.
Toutes ont la climatisation, un bar réfrigéré, un coffre-fort et une douche à l'italienne ou une baignoire selon la chambre. Côté rue, certaines ont un petit balcon sur les façades de la rue de Bruxelles. Côté cour, elles sont plus calmes.


On entre par le Salon des Mille et Une Nuits, autrefois réservé aux hommes. Son décor n'a pas été créé pour l'hôtel : il a été conçu en 1895 pour l'hôtel particulier bruxellois d'un aristocrate belge, racheté en 2013 à un antiquaire belge, puis adapté pendant six mois par des artisans. Colonnes torsadées, arcades ouvragées, plafond à caissons, murs de cuir de Cordoue incrustés d'émaux et lustre « pagode » en verre de Murano. Qu'il ait fini sa course rue de Bruxelles tient du clin d'œil.
Derrière un lourd rideau de velours, le Salon des Petits Bonheurs était le salon de présentation, où les demoiselles de la maison attendaient leurs visiteurs. C'est aujourd'hui le bar : une cheminée monumentale en marbre de Belgique, une bibliothèque de livres anciens, des échiquiers et des jeux de backgammon, et, sculptées dans les boiseries, quelque quatre-vingts petites têtes d'hommes qui regardent les femmes du lustre. Le bar à cocktails ouvre à 17 heures. Au fond, le Jardin d'hiver, tendu de vert bouteille sous sa verrière, donne sur un petit jardin treillagé qui sert de fumoir.
Les salons restent ouverts aux résidents à toute heure, et au public de 7 heures à 1 heure du matin. On y sert le petit-déjeuner, puis le déjeuner et le dîner sur une carte de petits mets. Il n'y a pas de restaurant à proprement parler, mais on peut dîner sans ressortir, et le service en chambre fonctionne jour et nuit.


C'est le secret le mieux gardé de la maison, et la meilleure raison d'y dormir plutôt que d'y prendre un verre. Au sous-sol, derrière une porte qui ne s'ouvre que sur réservation, le Salon d'Eau réunit un bassin de nage de dix mètres, un hammam et une salle de soins, sous une voûte bleu cobalt constellée d'étoiles rehaussées à la feuille d'or, inspirée d'un salon de la Villa Stuck, à Munich.
Chaque client en dispose une heure par jour, au moment de son choix, et cette heure est offerte. Un membre de l'équipe vient le chercher en chambre, en peignoir et chaussons, l'accompagne jusqu'au bassin et referme la porte derrière lui. Les non-résidents paient 200 EUR pour la même heure. Les massages coûtent 220 EUR les 55 minutes et 330 EUR les 90 minutes, comme le Rituel Maison Souquet.
Une réserve, que Booking reprend dans ses conditions : l'accès se fait dans la limite des créneaux disponibles, et certains sont vite complets. Réservez le vôtre dès l'arrivée. La réservation sur le site de l'hôtel donne d'ailleurs un accès prioritaire au créneau.


Les chambres De Luxe sont petites. Seize à dix-huit mètres carrés, c'est la norme du Paris ancien, mais les tentures, les têtes de lit et le mobilier en prennent une bonne part. Plusieurs voyageurs les trouvent étroites, et l'un d'eux écrit qu'on y tient mal à deux avec deux valises. Au-delà de deux nuits, la suite junior, de 26 à 28 mètres carrés, change le séjour, pour 300 EUR de plus par nuit.
Deux autres points. La pénombre est voulue, jusque dans les couloirs, l'escalier et certaines salles de bains : c'est l'esprit de la maison, mais on s'y maquille mal et l'on y rate parfois une marche. Côté rue, les chambres peuvent entendre les bars du quartier : si vous avez le sommeil léger, demandez une chambre sur cour.
Le prix, en détail. Le 29 septembre 2026, le moteur de réservation de l'hôtel affichait 400 EUR la nuit en chambre De Luxe pour deux, sans petit-déjeuner, pour le 17 novembre 2026 comme pour le 12 janvier 2027. Comptez 450 EUR avec le petit-déjeuner, 700 EUR en suite junior et 1 600 EUR en suite à deux chambres, plus la taxe de séjour, soit 23,40 EUR par nuit pour deux.
Les stations Place de Clichy, sur les lignes 2 et 13, et Blanche, sur la ligne 2, sont à moins de cinq minutes à pied. La gare Saint-Lazare est à un peu moins d'un kilomètre, la gare du Nord à une dizaine de minutes de taxi. Depuis Roissy-Charles-de-Gaulle, comptez de quarante-cinq minutes à une heure de taxi selon la circulation. La butte Montmartre et le Sacré-Cœur sont à une vingtaine de minutes à pied, en montée. L'hôtel n'annonce ni parking ni voiturier parmi ses services : mieux vaut venir sans voiture.
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